Histoire du KaratéOKINAWA berceau du Karaté L'île d'Okinawa (une corde sur l'océan) fait parti de l'archipel des 70 îles de Ryu-Kyu. La température moyenne, à NAHA (carte 2), capitale d'Okinawa, est de plus de 20°C pendant huit mois de l'année et en hiver elle ne descend jamais en dessous de 10°C. De juillet à septembre, les typhons y sont fréquents. La nature y est abondante du fait de la position de l’île sous l’équateur. Cependant le sol est impropre à la culture. Géographiquement, Okinawa se situe à 500 km au sud du Japon, 500 kms au nord de Taiwan et 750 kms à l'est de la Chine continentale. Sa superficie est que de 1200 kms2 pour une longueur de 120 kms et une largeur de 30 kms. Malgré ces petites dimensions, on recense plus de 200 clubs de karaté. Cette densité témoigne d'une véritable histoire des arts martiaux. Historiquement, l'île vécut partagée entre la Chine et le Japon. De part cette influence sino japonaise, elle devint un creuset original, où s'élabora avec le temps une synthèse très riche pour les arts martiaux. Carte 1
Les premiers habitants d' Okinawa étaient originaires de Chine, des îles japonaises septentrionales (au nord) et du sud de l'Asie. Dès l'an 300 avant notre ère, les influences culturelles du Japon et de la Chine se faisaient déjà sentir dans l'île. Il est probable que le Te soit vieux de dix siècles. A cette époque, la population d'Okinawa est pauvre et désarmée, et cette nécessité d'apprendre à se défendre lieu à l'apparition d'arts martiaux indigènes. Le style propre à Okinawa est cependant unique, les influences étrangères ont toujours été adaptées pour les rendre conformes aux principes du combat tel qu'il est pratiqué à Okinawa. Carte 2
Okinawa est sous le règne du roi SHO HASHI de Chuzan en 1429. Vers 1470, à la fin de la dynastie SHO commença une période d'instabilité politique qui ne prit fin qu'avec une nouvelle dynastie (aussi appelée SHO) en 1477. Pour imposer son autorité et son contrôle aux seigneurs de guerre rebelles, solidement retranchés dans leurs châteaux, le nouveau roi, SHO SHIN, retranché dans son château de SHURI, commence par interdire le port du sabre aux nobles comme aux paysans. Enfin, il impose à tous les nobles désarmés l'obligation de venir vivre près de lui, dans la capitale royale. Cette politique de désarmement, puis " d'assignation à résidence " des seigneurs d'Okinawa fut imitée plus tard au Japon avec les édits du sabre de TOYOTOMI en 1586, puis en 1634, lorsque le shogun TOKUGAWA ordonna aux DAIMIOS, ou seigneurs de la guerre, de se rassembler dans sa capitale. La période faste d'Okinawa prit fin en 1609 : le Japon nouvellement unifié, vexé par le refus d’Okinawa de reconnaître la suprématie du nouveau Shogun, envahit militairement l'île. Le roi fut retenu à Edo (aujourd'hui Tokyo, carte 1) pendant trois ans, et, lorsqu'il rentra dans son pays, il était totalement asservi, marionnette politique des Japonais. Les Japonais maintinrent l’interdiction de porter les armes et continuèrent à exiger de la noblesse qu'elle demeure à SHURI, alors que les samouraïs conservaient le droit de porter leurs armes dans l'île. Cette interdiction imposée aux habitants d'Okinawa ne fut jamais levée. Peut être parce qu’au Japon, depuis le 12ème siècle, le pouvoir était détenu par les Shogun. Cette culture militaire (sans arme à feu), qui dura 700 ans, par les guerriers (les bushi et les samouraïs) et les différentes formes de résistance à l’oppression que le peuple ressentait, vont influencer les arts martiaux japonais et, en particulier l'Okinawa-te. C'est en effet le seul pays au monde dont l'histoire est marquée par une aussi longue période de joug militaire impitoyable. On pense que deux mouvements se dessinèrent à Okinawa lorsque le roi SHO SHIN désarma les nobles et les rassembla dans sa ville de SHURI. Les nobles développèrent l'art du combat à main nue, le Te. Les paysans et pêcheurs, commencèrent à utiliser comme armes mortelles les instruments de leur métier : fléaux, poignées de meule, faux, brides de chevalRessemble a un chien qui courent vite , et rames : Les Ryu-Kyu bu-jutsu (arts de combat armé des Ryu-Kyu), ancêtres du kobudo. Ces orientations se maintinrent quand le Shogun imposa la domination japonaise sur l'île. Les deux traditions s'entouraient du secret, et leur diffusion resta largement limitée à leurs classes castes d'origine. Le Te pour des nobles de la cour, et les Ryu-Kyu bu-jutsu pour le peuple. Encore aujourd'hui, des plus grands maîtres de karaté descendent de familles royales et nobles de la ville de SHURI. Au 17ème siècle, le Japon va progressivement se refermer sur lui même : crainte d'invasions, lutte contre le christianisme, etc. Cet isolement total va durer jusqu'en 1853. Il explique en grande partie l'originalité de la culture japonaise et de ses arts martiaux. Le karaté que nous le connaissons est le produit d'une synthèse qui eut lieu à la fin du XVIIIème siècle entre l'art du Te, originaire d'Okinawa, les arts de la boxe chinoise du temple de SHAOLIN et d'autres styles du sud de la Chine, qui étaient pratiqués à l'époque dans la province du Fu-Kien. S'y ajoutent le ju-jitsu que les samouraïs pratiquaient en cas de combat sans arme (katana) et le Zen, pour la maîtrise l'esprit. Certains maîtres de Te de l'époque, se rendirent dans la province du Fu-Kien, en Chine, pour y étudier. Inversement, un grand maître chinois, KUSHANKU (Kanku en japonais), passa six ans à Okinawa ; le kata qu'il enseigna alors porte aujourd'hui son nom. Puis, au XIXème siècle, l'art d'Okinawa commença à être connu sous le nom de Tsang -te (kara te en japonais), c'est-à-dire " la main chinoise ". Même si l'art était pratiqué en secret, trois styles distincts émergèrent, l'un dans la capitale, les deux autres dans des provinces voisines. Le Shuri -te, l'art qui se développa à SHURI, était pratiqué par les samouraïs de la cour, alors que dans le port voisin de NAHA et dans la ville de Tomari, proche de Shuri, le peuple développa d’autres formes de Te. Les particularités propres à ces styles résultent d’influences chinoises différentes. Le shuri-te serait issu de la boxe de Shaolin, alors que le naha-te (l'art pratiqué à Naha) a plutôt adapté les techniques souples qui font intervenir la respiration et le contrôle du ki, la force vitale appelée chi en chinois. Quant au tomari -te (l'art pratiqué à Tomari), il s'est manifestement inspiré des deux traditions. En 1853, l'apparition des armes à feu que le Japon découvrit avec l'expédition américaine Perry transforma l'image de la pratique des arts martiaux traditionnels. Le déclin de certaines valeurs sociales qui avait été amorcé au XVIIème siècle fut accéléré par cette découverte qui fut suivie de près par l'unification du Japon à la période de restauration Meiji, en 1868, alors que le système féodal fut aboli pour faire place à une société nouvelle avec l'ère Tokugawa (1868-1912). Ces événements marquèrent la disparition du pouvoir militaire des shogun et la fin de l'isolationnisme du Japon. C’est également en 1868 que naquit Gichin FUNAKOSHI à Shuri comme unique enfant d'une famille modeste. En 1879, Okinawa devient la préfecture japonaise de l'empire de MUTSO HITO. L'enseignement et la pratique du karaté restent secrets jusqu'en 1900 où l'Okinawa-te ou Tode devint le style le plus systématisé. C’est en 1902 que le secret est levé lorsqu’un commissaire de l'Éducation de la Préfecture de Kagoshima, Shintaro OGAWA, recommande d'inclure le karaté dans le programme scolaire d'éducation physique de certaines écoles de Shuri. L'Okinawa-te, qui ne s'appelait toujours pas Karaté, fut alors enseigné dans les écoles, comme méthode d'éducation physique. A cette époque, deux maîtres deviennent les chefs de file des principales écoles actuelles : Anko ITOSU enseignait une méthode basée sur les techniques longues, les déplacements rapides et légers (Shorin), tandis que Kanryo HIGAONNA enseignait un style basé sur des techniques puissantes, en contraction, et sur des déplacements courts, efficaces pour le combat rapproché (Shorei). Ces deux maîtres instruisirent des pratiquants qui, révélèrent leur technique martiale au Japon. Gichin FUNAKOSHI, considéré comme le père du karaté moderne, fit la première démonstration publique à Okinawa en 1906. et en 1922, il fit connaître au Japon l'existence du karaté lors d'une fête sportive à Tokyo l’intermédiaire du Ministère de l'Éducation. Les Japonais ne connaissaient, à cette époque, que le Jiu-jitsu, une méthode dont le Judo tire sa source, et certaines formes de self-défense venues au Japon au XIIème siècle avec le bouddhisme Zen (Shorinji Kempo). Ils étudièrent cette méthode de combat encore inconnue et si efficace, sous la direction de Maître FUNAKOSHI. C'est alors seulement que FUNAKOSHI coupa le lien avec l'origine chinoise et okinawaienne de son art et l'appela KARA-TE (main vide en japonais). Tandis que certains instructeurs continuaient à enseigner à Okinawa un style plus traditionnel et plus proche de l'Okinawa-te, d'autres voyant le succès de FUNAKOSHI allèrent au Japon et y apportèrent leurs techniques ; Ils l'appelèrent tous karaté en raison de la publicité dont cette désignation bénéficiait déjà, malgré la différence des styles. À la fin du XIXème siècle, suite à une série de guerres avec des pays asiatiques, le peu d'utilité militaire des arts martiaux traditionnels dans des affrontements modernes, entraîna un déclin rapide des pratiques et tactiques guerrières ancestrales. Toutefois, les valeurs transmises par la pratique des arts martiaux sur le plan de l'esprit et de la force physique étaient positivement encouragées. Au début du XXème siècle, la tradition nationale reconnaissait l'apprentissage et l'usage du sabre comme l'art martial le plus important au Japon. Certains principes reliés au Kendo ont influencés la pratique des arts martiaux tels que le karaté-do, le kyudo, le judo et l'aïkido. Comme la pratique du "jutsu" se voulait traditionnelle et le "do" était moderne, plusieurs éléments du code du Bushido, "la voie du guerrier", ont été transformés dans la pratique par l'introduction de nouveaux types d'assauts où le but recherché était de sécuriser les pratiquants par des protections et des règles, contrairement aux anciens duels où le vainqueur était désigné par la mort du vaincu. De la même façon que le ken-jutsu devint le kendo, le karaté-jutsu, dont le but était de mutiler ou de tuer l’adversaires, s'est transformé en karaté-do, l'objectif étant en priorité de développer une discipline physique et mentale. Ce changement n'impose pas de modification fondamentale de la technique et que la finalité de maîtrise des adversaires peut fort bien cohabiter avec une recherche spirituelle. Aujourd'hui, il existe encore quelques dojo, où l'entraînement ressemble à ce qu'il a pu être un ou deux siècles plus tôt. Le contrôle, c'est à dire l'arrêt des atémi à quelques millimètres de leur cible, est sans doute ce qui a permis au karaté son extraordinaire efficacité. Il devenait possible de s'entraîner régulièrement sans se blesser tout en visant des points vitaux. Le contrôle existait certainement depuis longtemps mais il a dû être systématisé au moment du passage du jutsu au do. Pendant les années 20 et le début des années 30, le karaté est devenu très populaire auprès des personnes provenant de toutes les couches sociales et particulièrement auprès des jeunes étudiants. Dans les années 40, chaque université japonaise avait son club de karaté. Après la deuxième guerre mondiale, une restriction sur la pratique des arts martiaux dura deux ans et, en 1948, la Japan Karaté Association fut créée. Funakoshi en devint le président et le chef instructeur. En 1957, le ministère de l'Éducation la reconnut comme une organisation d'enseignement. Quelques années après la guerre, de fréquentes requêtes des forces armées alliées en poste au Japon affluèrent demandant à assister à des démonstrations d'arts martiaux. Des groupes d'experts en judo, kendo et karaté-do furent formés, afin de visiter deux à trois fois par semaine, les bases militaires et démontrer leur art respectif. En 1952, le Strategic Air Command des États-Unis a envoyé au Japon des groupes de jeunes officiers pour étudier le judo, l'aïkido et le karaté-do dans le but de former des instructeurs en éducation physique. Quelques années plus tard, des amateurs de sports de combat orientaux firent connaître le mot karaté et, petit à petit, par des livres, des films et, au contact des premiers maîtres japonais invités à cet effet, en apprirent les techniques. Peu à peu, le karaté sortait de l'ombre et lorsque le Maître Funakoshi, âgé de 88 ans, décéda en 1957, l'art qu'il apporta au Japon avait connu un développement tel qu'il ne pouvait plus tomber dans l'oubli. Après la mort du maître, qui refusait toute forme de compétition, en octobre 1957, fut organisé au Japon le First All Japan Karate-do Championship Tournament et, en novembre, la All Japan Student Karaté Federation subventionna les premiers championnats universitaires qui se déroulèrent devant des milliers de spectateurs qui consacrèrent en quelque sorte la nouvelle orientation du karaté. En 1964, sous la pression du Ministre japonais de l'Éducation nationale fut créée la All Japan Karate-do Association (FAJKO) dont le but était de regrouper tous les organismes déjà en place. Toutefois l'orientation sportive du karaté moderne qui semblait inéluctable est aujourd'hui contestée essentiellement par deux types de démarches : d'une part celle qui reproche au karaté de compétition son manque de réalisme et d'efficacité (ce n'est plus du karaté jutsu) ; d'autre part, celle qui souligne l'absence de dimension spirituelle (ce n'est plus du karaté do). Devant les difficultés que rencontrent nos sociétés modernes, agressives, conflictuelles... le retour à des valeurs traditionnelles éprouvées mobilise un public fervent. Saura-t-il faire entendre sa voix ? On en doute un peu, car le public des compétitions est autrement bruyant.
Le karaté dans le passé A cette époque le karaté ou Te était pratiqué secrètement. Des techniques se transmettaient du maître à l’élite des élèves. S'il n'y avait pas d'élève qualifié, la technique ne se transmettait pas et était perdue avec la disparition de la génération du maître. Ainsi, on peut penser que de nombreuses techniques ont disparu. Après le 19ème siècle, avec l'arrivée de nombreux experts et d'une nouvelle méthode d'enseignement plus adaptée à l'époque, l'entraînement fut dévoilé aux yeux de tous. Progressivement le karaté fut remarqué du public et possédait donc un avenir au travers de ses valeurs physiques, éducatives et culturelles. En 1904, on décida que le karaté ferait partie du programme d'éducation physique de l'école élémentaire de Shuri. Ce fut le premier groupe d'instruction de l'histoire du karaté. En avril 1906 des clubs de karaté s'établirent dans les collèges préfectoraux d'Okinawa, au lycée commercial municipal de Naha et à l'école préfectorale d'Okinawa. A la même époque des clubs de karaté s'établirent également dans les écoles okinawaienne d'agriculture, de technique et de pêche. En 1922, le karaté fut introduit tout d'abord à l'académie de police okinawaienne et fut ensuite officiellement agréé comme sujet d'étude régulier au même titre que les autres arts martiaux japonais comme le judo et le kendo. En mars 1926, l'"Okinawan Karaté Club" fut fondé. Le 21 novembre 1930 il fut intégré dans l' "Okinawan Athletic Society" et devint un département de cette organisation. Le "Dai-Nippon Buto Kukai" (la plus grande association japonaise de Vertus Martiales) agréa le karaté en tant qu'art martial japonais le 26 décembre 1933. Quelques évènements remarquables qui eurent lieu dans le monde du karaté :
Karaté et enseignement Selon les légendes traditionnelles, le karaté était enseigné dans le passé principalement comme un art d'autodéfense, indiquant seulement un peu son contenu de culture par la devise : "Karaté ni sente nashi" (il n'y a pas de première attaque en karaté). Mais en réalité, cette forme d'esprit était constamment négligée. Cependant, au fil du temps, cette politique d'enseignement fut améliorée lentement, et maintenant, cette fausse vieille rumeur qui veut que le corps soit plus important que l'esprit a disparu. La pratique du karaté a maintenant atteint le niveau où elle possède les articles de foi, unité, poing et Zen. C'est à dire que l'esprit est plus important que le corps. Ceci nous fait espérer que le karaté recevra l'accueil d'un véritable art martial.
Les deux hémisphères Un peu de géographie !!
Le mont FUJI YAMA ou FUJI San Situé au sud ouest de Tôkyô, ce volcan en sommeil, dont le cratère du sommet a un diamètre de 800 m et une profondeur de 250 m, forme un cône presque parfait. Fuji San est l'une des plus jeunes montagnes de l'archipel japonais. On estime que ce volcan commença à émerger de terre il y a 25000 ans et qu'il a acquis sa forme actuel vers 8000 avant JC. Le nom "Fuji" dériverait du mot ainu "Fuchi"signifiant "feu". Depuis sa première éruption historique en 864, 17 autres ont été observées, et des études géologiques ont apporté des évidences de nombreuses éruptions ayant eu lieu bien avant le 9e siècle. Selon une vieille légende japonaise, les éruptions du mont Fuji seraient l'expression de l'amour fou qu'un ancien gouverneur de la région portait à une princesse immortelle originaire de la lune: la princesse Kaguya. La dernière colère de Fuji San remonte à 1707; les cendres produites alors par le volcan furent projetées jusqu'à la cité d'Edo (ancien Tôkyô) sise à 100 km de là. En réalité l'activité volcanique du mont Fuji est le fait d'un des trois petits volcans qui l'accompagnent: le Shin Fuji. Actuellement, Fuji San, dont l'ascension est autorisée du 1er juillet au 31 août, attire chaque année sur ses pentes plusieurs centaines de milliers de marcheurs et d'alpinistes. La piste la plus populaire menant au sommet est celle de la face nord qui s'ouvre près du lac Kawaguchi. En été, la plupart des grimpeurs préfèrent progresser de nuit afin d'atteindre le sommet au petit matin et d'assister, lorsque le temps le permet, au spectaculaire lever de l'astre solaire (autre symbole du Japon éternel) au-dessus des nuages couvrant l'océan pacifique. En hiver, la température peut descendre jusqu’à -25°C.
Samouraïs et Geishas
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